Proust, la langue française et moi
Monday, August 10th, 2009C’est ma première note en français et c’est approprié, car elle va traiter de mon combat sans merci avec la langue française, les français, et Proust. Ma décision de déménager pour la France est un peu compliquée et, en fait, tout commence avec la lecture d’Hemingway en companie d’Arnie il y a plus de sept ans. Mais il est vrai que la raison principale pour laquelle je voulais vivre en France pendant un certain temps était d’apprendre le français. C’est un peu étrange car je n’ai jamais étudié le français auparavant. En fait, j’ai étudié l’espagnol pendant six ans au lycée et à l’Université. Mais je pense du fond du cœur que la langue française est la plus belle du monde et je tiens vraiment à la parler.
Ceux qui me connaissent savent que je peux faire preuve d’une grande détermination quand je désire réaliser ou apprendre quelque chose. Malheureusement, il s’avère que je n’apprends pas très bien les langues. Je peux apprendre la grammaire et le vocabulaire, mais parler et comprendre ça reste un peu difficile. La preuve: dans la réalisation de cette note! Je ne sais pas comment parler ou écrire à la manière des français. Mon style n’est pas tout à fait exact, il est plus américanisé en fait! J’ai tendance à livrer une traduction directe de l’anglais vers le français.
Cela fait que les relations avec les français sont parfois difficiles, car je ne comprends pas toujours et souvent je ne parviens pas à dire tout ce que je veux. Pire, je ne peux pas donner une bonne image de ma personnalité. Je ne peux pas blaguer, ni user de sarcasmes, ni choisir les mots appropriés pour exprimer mes idée. J’ai parfois l’impression de parler comme un enfant de trois ans! C’est très frustrant!
Toutefois, j’ai déjà appris des choses très intéressantes. La langue a une influence directe sur la pensée. Il y a beaucoup de similitudes et de différences intéressantes entre l’anglais et le français. Pour commencer par une première remarque : la langue française est un peu négative, avec par exemple l’utilisation d’expressions telles que « pas mal » pour commenter quelque chose de très bien et « c´est terrible! » pour quelque chose…humm…de pas terrible du tout. (C´est un peu trop dramatique voire mélodramatique. Le français est un peu théâtral
) Il y a aussi beaucoup de faux amis. Par exemple, le mot “versatile” existe dans ces deux langues mais il a un sens complètement différent: en anglais, c’est positif comme adaptable, polyvalent alors qu’en français cela veut dire instable, changeant. Il est pour moi très frustrant de chercher les mots afin d’illustrer clairement ma pensée. Il y a des mots que j’adore en anglais, comme “lovely” – je les utilise tous le temps. Mais ça n’existe pas en français. On peut utiliser « charmant » mais ce n’est pas exactement le même sens. Mon ami Guillaume m’a suggéré “merveilleux”, mais, pour moi, ça ressemble à “marvelous” et je n’aime pas du tout. Ca sonne faux et « vieillot » et “cheesy” (un autre mot qui n’existe pas en français « ringard » peut-être). Néanmoins, c’est vrai que merveilleux sonne mieux que “marvelous” (car de toutes façons, le français est plus beau que l’anglais). Je n’oserai m’attaquer à la différence entre les phrases “je t’aime” et “je t’aime beaucoup” – car ça c’est exactement le contraire et la nuance entre ces deux expressions est d’importance. J’ai donc décidé que je ne les utiliserai jamais (ce qui est bien dommage car tout le monde me conseille de tomber follement amoureuse d’un bel homme français pour pratiquer et apprendre !)
Enfin, Proust. C´est très différent des livres que j’ai pu lire par le passé. D’ordinaire, je lisais des romans contemporains (américains et britanniques), ou parfois, de la littérature américaine classique. Je n´ai jamais lu les grands auteurs de la littérature française tels que Molière, Hugo, Zola, Dumas, Flaubert, Camus, Sartre, Proust. Proust est hautement recommandé; c’est la raison pour laquelle j’ai commencé avec lui.
C´est beau. Il écrit la vérité, avec de minutieux détails sur l´endroit, les personnalités et les styles de ses personnages, et (surtout) leur psychologie. Un ami écrivain, après avoir lu le passage que j´ai affiché au début du mois, a dit que sa plume est très différente de la littérature américaine moderne. Aujourd´hui, les auteurs décrivent la vie intérieure par les actions et les mots des personnages; le lecteur doit en déduire les émotions. Mais Proust écrit tout: tous les sentiments, toutes les pensées, toutes les sensations, tous ses personnages croient, sentent, écoutent, voient – la manière dont ils font l’expérience du monde qui les entoure. Proust est capable de décrire ces émotions pendant des milliers de pages, et c´est vraiment la vérité, ces détails minutieux qui constituent la vie elle-même.
Un jour, j´aimerais pouvoir lire et écrire en français avec la même facilité qu’en anglais (ou tout au moins, presque). Une étape à la fois…

